Quand le devoir de mémoire manque à son devoir. . .

Mur avec tag contre le BUMIDOM

Toujours en tant que petite fan d’histoire je voudrai vous présenter encore une fois un petit bout d’histoire que je trouve précieux et que je tiens à partager avec vous !

Cet article, il me fallait l’écrire. C’était une envie d’en parler… De parler de ce petit bout d’histoire que l’on a fait semblant d’oublier. Alors, merci au hasard,au destin, à la vie ou je ne sais ce que c’est que cette chose qui n’a étrangement pas oublié de me le rappeler. Oui, elle m’a remit en tête l’idée de cet article à travers non seulement le discours d’ouverture du CMJ par le Président de Région, Mr LETCHIMY, mais, aussi par le reportage : Bumidom, des Français venus d’Outremer qui m’a totalement surpris me donnant nombre d’éléments nécessaire à cet article.

Le BUMIDOM, vous connaissez ? Personnellement, je l’ai découvert il n’y a qu’un an environ, par le biais d’une photo qui traînait sur le web. Et c’est à la suite de quelques petites recherches que j’ai pris connaissance de cet organisme qu’est le Bureau des Migrations des Départements d’Outre Mer. Une période importante dans l’histoire, pas si loin et pourtant, une période oubliée plus ou moins volontairement. Une période dont ni le système qui s’est fait des allures de colonialiste durant cette période, ni ces français originaires des DOM qui s’y sont trouvés enrôlés, n’apprécient particulièrement d’en parler, de s’en rappeler ….

Recontextualisons tout d’abord la période. On est dans les 60ies, c’est l’après guerre et dans les Antilles Françaises et à la Réunion, c’est une période de baby-boom ( le taux de natalité devient le plus important au monde), un vrai fléau dans ces nouvelles régions Françaises contrairement à l’hexagone,. Les populations ne bénéficient même pas des commodités ce qui illustre leur niveau de pauvreté.

Ces anciennes colonies en tant que nouveaux département français sont déçu car ils avaient beaucoup d’attente face à ce nouveau statut. C’est la faillite dans l’industrie de la canne et de la banane.

En 1960, est déclaré l’indépendance de Madagascar.

En 1961, les coupeurs de canne demande une augmentation en Martinique.

En 1962, l’Algérie est libre. La France perd ainsi l’une de ses dernière colonies.

De Gaule ne voulant pas que l’Empire Français se « disloque » se rend aux DOM où sa côte de popularité n’est pourtant pas au plus bas, surtout aux Antilles où il est même surnommé « Papa De Gaule ».

A la Réunion, la côte du parti communiste augmente et fait resurgir les rancœurs de l’esclavage. De tout ceci aboutit une envie d’indépendance. De Gaule qui en est bien conscient, envoi alors Michel Debré, afin que ce dernier remporte les législatives et qu’il apaise les tensions.

Debré, comme prévu gagne les législatives et ce dernier pour palier aux problèmes des DOM, met en place le 7 juin 1963: Le BUMIDOM qui permet aux Français originaire des DOM de partir en France métropolitaine pour travailler. A ce moment, la métropole est considérée comme l’Eldorado pour les habitants des DOM qui ne la connaissent qu’en carte postale. Car dans ces départements ultramarins, on ne rêve que de pouvoir nourrir ses enfants, d’avoir une situation convenable. Alors pour les jeunes sans travail ce dispositif est une solution.

Seulement, pour participé à ce dernier, il faut passer des tests de santé et scolaire à propos desquels il n’y aura étrangement jamais aucun recalé puisque le but est d’envoyer le plus de personne possible en France Métropolitaine. Les jeunes partent donc sans savoir si ils reviendront.

Tous les mercredis un Boeing bondé de jeunes jeunes s’envole. Des jeunes entre 18 et 25 ans souvent les aînés de familles nombreuses, pensant partir pour suivre une formation de leur choix..

Arrivé à Paris il fait froid, tout est gris, il y a du brouillard, c’est grand, avec beaucoup de personnes différentes, un vrai dépaysement pour ces « enfants du soleil ». On y sépare les hommes des femmes, les messieurs sont envoyés en Provinces pour les formations et les femmes elles, vont à Neuilly sur Marne à bord d’un bus dans lequel on ne leur annoncera jamais leur destination. Les femmes font des boulots tels que éplucher les légumes, la couture …etc contrairement aux formations qu’on leur avait promis, toutes leurs journées sont programmé de la même façon. On leur apprend les bonnes manières pour être des femmes de ménage notamment chez des hommes politiques. Le samedi elles devaient se faire belles pour les employeurs devant qui elles défilaient afin qu’ils choisissent celle qu’ils désiraient. Et dans ce mode de présentation se dessine un parallèle avec la présentation des esclaves à leur futur maîtres durant l’esclavage. Mais elles essaient de faire de leurs mieux car elles entendent des bruits disant qu’après l’échec on fini sur le trottoir.

Les jeunes après leur « formation » sont lâchés avec seulement un ticket de métro. Ils doivent ainsi se débrouiller pour trouver du travail, chose difficile lorsqu’on est un Homme de peau noire.

En Mai 1958: l’attitude colonialiste du BUMIDOM est énoncé par l’extrême gauche. Les syndicats s’insurgent.

Et puis, c’est la période des Trente Glorieuses, la France à besoin de main d’oeuvre. Les Hommes trouvent alors des postes même si ils ne conviennent pas à ce qu’ils désiraient : Mécanique, ouvrier … De plus, une partie conséquente d’Antillais et de Réunionnais travaillent dans la fonction publique puisque les métropolitains ne veulent pas de ces postes. Et le BUMIDOM intensifie son action avec le regroupement familial permettant de faire venir un membre de sa famille. Ceci contribue alors aux logements sociaux dans les banlieues qu’ils ont construisent eux même tout comme les travailleurs immigrés avec lesquels on les confond désormais. (Trente Glorieuse : Epoque que l’on étudie à l’école comme celle durant laquelle on a employé beaucoup de main d’oeuvre étrangère venant notamment de Pays Africains ou Européens, mais on n’aborde jamais dans les programmes scolaire le BUMIDOM et cette mains d’oeuvre venu des DOM).

Les conditions de vie difficiles qu’a offert ce dispositif ont causés de nombreux suicides qui ont permis à la presse de réagir à ce sujet. Ils se retrouvent aussi pauvres, loin de chez eux et ne peuvent y retourner car ils gagnent très peu.

Alors, l’arrivée des congés bonifiés est bien accueillit. Ils permettent aux Antillais de se faire offrir 1 billet pour rentrer chez eux. Mais en rentrant, après avoir été rejeté par toute une population en métropole, ils se font aussi rejeter par les leurs qui les pensent « riche » et ce même si on leur raconte la réalité. Ce rejet peut même être illustrer par ce surnom à connotation péjorative qu’on leur donnera « Négropolitain » car il ne son ni métropolitain, ni Antillais ou Réunionnais.

En 1982, De Gaule met fin au BUMIDOM qui laisse derrière lui un lourd constat : 160 000 anitllais et réunionnais ont quittés leur pays natal en 20 ans. Et après ces 20 années, rien a changé, d’ailleurs, aux Antilles des révoltes éclatent, les jeunes érigent les baricades.

Pour toutes ces personnes qui ont cru en ce dispositif, le BUMIDOM est considéré comme une manipulation où ils étaient les pions, les pions d’un système qui a caché, même à lui même, son caractère colonialiste. Une période que l’on préfère oublier … Empêchant ainsi au devoir de mémoire de faire son devoir.

[Bien sur je ne suis pas professionnelle et ne détiens absolument pas le monopole de la vérité, je suis ouverte à toute remarque et toute correction].

Alychouette.

2 commentaires

  1. Très bon article ! C’est fou comme on peut en apprendre énormément sur l’histoire de son île, de son pays, de ses ancêtres. Bravo, et merci encore !

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