Bay chabon, lajénès ka kléré !
Bonjou lézintènot,
Chez moi, en Martinique, on a une expression « Bay chabon » — lè yo diw « bay chabon » sé pou diw fè débrouya — la traduction courante est « accélérer« . Mais il me semble aussi (corrigez-moi dans le cas contraire) que selon la situation le sens varie. Et que globalement, il a pour signification « carburer » et dans le sens figuré du terme, on peut l’adapter.

Avant que je ne me perde plus dans des questions linguistiques… sachez que dans cet article, j’avais envie de vous présenter des jeunes avec des idées, des visions (comme il y en a d’ailleurs beaucoup en Martinique et je ne doute pas du fait que vous le sachiez). Des lumières auxquelles vous pouvez contribuer en alimentant le feu pour qu’elles continuent de briller ! Voilà la signification du Bay chabon !
Je vous parle aujourd’hui d’actualité. J’en ai peu l’habitude, mais vous savez, les idées, les envies, la part du colibri… Alors voilà, lajénès débrouya, obidjoul, vayan… dans une nouvelle catégorie que je murie depuis bien longtemps mais qu’un perfectionnisme persévérant aura bien trop retardé « Jénès obidjoul » (so stay tuned).
Jénès débwouya
C’est le titre du documentaire du réalisateur martiniquais Joris Arnolin qui sera diffusé à l’occasion du mois du film documentaire désormais coordonné par Ciné Woulé Company en Martinique.
Dans Jénès Débwouya, Joris partage la parole, je dirai même « les paroles ». Elles tentent alors de répondre à la question « Qu’est-ce donc qu’être « jeune » et « antillais.e » en ce XXIème siècle ?« .
Un film à faible budget et à équipe réduite mais qui a le mérite de documenter un sujet intéressant et de mettre en lumière des parcours qui le méritent. Pour cela, il nous propose un témoignage de sa confiance en la jeunesse de son péyi :
en Martinique, en Guadeloupe et en Guyane, comme dans l’hexagone, j’ai eu l’occasion de croiser de nombreuses personnes jeunes (en âge ou dans leur tête) qui m’ont impressionné par leur sagesse et leur observation du monde. Ce film est destiné à leur rendre hommage et témoigner de la part de sagesse des populations jeunes. Car comme on dit chez moi : « Gran kouté piti, piti kouté gran«
Joris Arnolin
Ce tournage a commencé il y a 10 ans, en 2009 et a donc bénéficié d’un faible budget, raison pour laquelle le réalisateur avait fait appel pour au soutien de chacun à travers cette cagnotte collaborative (je vous laisse y trouver toutes les informations).
J’ai eu l’occasion d’assister à l’avant première de ce film. Et je vous le recommande : Mercredi 6 Novembre 2019 à Tropiques-Atrium à 18h30
Jénès obidjoul
Chak bèt a fé ka kléré…
Chak bèt a fé ka kléré pou nanm, chak bèt a fé ka kléré pou nanm yo… Matinik sé an tè de solidarité, nou ka fé sa ki fo pou sa nou sé dé solda
YAWA
Qu’on se le dise, c’est yon a lot, nous nous donnons la force et c’est comme ça que nous avançons. Continuons à parler de cette jeunesse, de quelques-uns de ses engagements, de la façon par laquelle nous pouvons contribuer à son avancement…
Hommage à Ti Blica
Ti Blica est un artiste qu’on ne présente plus et qui nous a quitté alors qu’il n’avait que 19ans il y a bientôt deux ans. Il est un artiste qui s’illustrait dans le dancehall « shata » pour faire danser, et pouvait aussi poser des paroles pour apaiser, toujours dans la gaité.
L’année dernière, un documentaire a été réalisé sur sa vie. Un peu déçue de n’avoir pas pu le voir. Derrière celui-ci ? Blicassty à la production et la journaliste Vina Nodin (Après Africa 24, RCI aujourd’hui il me semble).
Aujourd’hui, son grand frère et artiste, Blicassty lance une cagnotte afin de financer un concert en hommage à Ti Blica. Je n’ai pas eu le temps de vous le dire encore, mais j’ai expérimenté la production/diffusion en spectacle vivant avec ART POWER (Jazz à la Pointe) cette dernière année. Et l’envers de l’évènementiel, ce ne sont pas des vacances !
Pour le moment, exceptée la date, Blicassty n’a encore donné aucune précisions. En tout cas je lui souhaite que cela aboutisse je sais le repos que n’est pas la production de concerts !
Si vous souhaitez y contribuer : retrouvez la cagnotte > ici < !
Jénès vayan
Shout out (fè limyè asou) sur des jeunes qui ont attirées mon attention !
La première s’appelle Alexane Ozier-Lafontaine. Vous avez peut-être déjà lu ou entendu son nom quelque part ? Et pour cause, elle n’a pas sa langue dans sa poche. En 2017, elle a lancé une pétition « Pour que les professeurs de français apprennent aussi que Victor Hugo était aussi raciste ».
Cette année, elle a également réalisé une vidéo pour expliquer son hors-sujet volontaire à l’épreuve de Littérature au BAC.
Cette jeune martiniquaise vient de publier un article dans le magazine The Funambulist qui se veut une plateforme où différents types de voix peuvent se rencontrer en bravant les frontières géographiques.
Il s’intitule « Decolonizing high-school education in Martinique » et est issu du 26 ième numéro intitulé « KIDS OF THE WORLD, UNITE!« . À ses côtés, on peut retrouver notamment Amandine Gay (pour rappel Amandine Gay est la réalisatrice de Ouvrir la voix, dispo en VOD au passage !).
Autant vous dire que je ne vous conseille pas seulement de lire l’article satirique et comique d’Alexane Ozier-Lafontaine mais également de consulter la revue en entier !
Vous le savez, je suis sensible à la pédagogie, à la mémoire, à l’histoire, à la confiance et la conscience en l’histoire de la Martinique… C’est d’ailleurs pour cela que la rubrique Histoire est l’une des premières du blog, et qu’elle se retrouve aussi dans les projets radiophoniques (Rubrik Storik).
Et si l’historiographie elle-même me laisse penser qu’il ne faut rien attendre, que les institutions en place ne laisseront pas à l’histoire, au respect, à l’honneur, à la dignité et à l’humanité la place qu’ils méritent (ce n’est pas du pessimisme, c’est simplement que le colonialisme assumé ne peut, selon moi, pas rimer avec le respect de l’humanité et tout ce que cela implique, (rappelez-vous, au début de la phrase, il y avait un « si » ^^, voici maintenant la suite de la phrase) l’audace de cette jeune fille est à saluer !
Le changement devra, je pense, être beaucoup plus profond et envisagé avec sérieux. En attendant, je continue à partager… et je ne suis pas seule ! Loin de là !!!
Jénès douvan douvan
D’elle je ne sais pas plus que cela : Elle est entrepreneure de la marque Fanm Ata, réalise des « perles de tailles », « binbin » ou encore comme elle a choisi de les nommer en Martiniquais : « Maré ren’w ». Je vous conseille d’apprécier comme moi les détails la description par ici. Et derrière le nom « Ata », figurez-vous que l’on retrouve la langue Kriba de Sakaba (on en a déjà parlé par rapport à la scénographie de Noss DJ ainsi que l’installation Matinitjé ? de Yannis Sainte-Rose).
Bref, au delà du fait qu’elle ait monté un joli projet plein de sens, je viens vous parler de cette jeune femme pour son engagement. Tout comme moi, vous l’avez peut-être découvert après la mobilisation à l’aéroport… Et pour cause, toute l’action a été suivi via son compte. Peut-être aussi que comme moi vous l’aviez vu passer furtivement en TV.
C’est finalement tout à fait par hasard que j’ai découvert quelques postes de la jeune martiniquaise. Vous pouvez la voir ici aux côtés des Messieurs Lessort (cf l’OJAM et le Drapeau de la Martinique) et Reinette (cf l’ARC).
La difficulté de s’approprier notre histoire réside dans le fait qu’elle n’est pas enseignée et que les sources existantes ne sont pas connues par tous. Mais je suis heureuse de sentir que certains ne sont pas démotivés par rapport à cela.
J’espère que vous avez apprécié le partage de ces profils, projets, réalisations qui s’approprient leur histoire (dans tous les sens du terme).
Laury