
Nou sé Kiltikéra – JOUR 23 #Cabanou2020
J’ai proposé à Ven d’écrire pour ce calendrier pour partager un peu de son bon goût à propos de cette année 2020, un peu de ses découvertes, ses réflexions… En arriver à cette surprise n’a pas été simple haha, ainsi je le remercie grandement pour cette participation précieuse 😉 et je vous souhaite une bonne lecture !
Alychouette
Ven est un musicien professionnel dans les domaines du Beatbox, Live looping, beatmaking, nouvelles technologies pour le spectacle vivant et de la production musicale.
Dé Mil Ven. Sé an tan pou pozé, pou sonjé. Sa nou ka fè ba kò nou?
Réflexion de masse
Bon alors, cette année spéciale, a surtout été placée sous le signe de la réflexion de masse. On parle souvent de la « masse critique » dans la philosophie new age, comme étant le moment où plus de la moitié des humains vivants auront atteint la prise de conscience la plus importante au niveau spirituel dans le monde : Nous sommes tous responsables de notre destin en tant qu’espèce. C’est donc à nous humains de comprendre que notre salut ne viendra pas de notre emprise (technologique) sur notre environnement, mais sur notre capacité de résilience intellectuelle et spirituelle. Qu’est ce qui compte le plus pour nous ? Quel est notre impact sur Gaïa, quelles sont nos vraies priorités ?
La culture est souvent relayée au second plan dans notre société de consommation, pourtant ce qu’on consomme en priorité une fois nos besoins primaires assouvis sont des produits culturels. Alors on ne peut que se rendre compte à quel point lorsqu’on passe pour beaucoup la moitié de l’année enfermée entre 4 murs avec une connexion aux internets, que la culture c’est l’un de nos meilleurs outils de (sur)vie.
Ma petite échelle
A ma petite échelle, cette année aura été l’occasion de me poser, réfléchir sur la suite (personnelle et globale), et de me rendre compte que le temps a une valeur plus grande que les autres unités de mesure. A ce propos, gros shoutout au film Tenet de Christopher Nolan qui offre matière à réflexion en ce sens.
L’échelle du pays
A l’échelle du pays, je me réjouis de l’engouement/débat suscité par les actes de désobéissance civile (statues, manifestations, etc.), qui nous ont tous chamboulés, et ça m’a poussé – puisque j’ai eu une opportunité en ce sens – à réfléchir sur notre identité antillaise, et à écrire/composer/réaliser un spectacle intitulé « MIWA ! » (très bientôt sur les réseaux inch’Allah). C’est une réflexion sur nous mêmes par rapport à nos identités multiples qui prennent racine dans des cultures extrêmement différentes (opposées parfois!).
Entre notre rapport de colonisation avec la France/l’Europe, le manque de lien avec nos plus proches voisins – la Caraïbe, la spécificité de la caste Béké, les filières de consommation basées sur l’importation, le rejet d’une partie du peuple martiniquais par d’autres individus de ce même peuple, nous avons bien des blessures à guérir, bien des défis à relever. Matthieu Gama en parle mieux que moi dans son livre intitulé « Le jour où les Antilles feront peuple » que je ne peux que vous conseiller.
Voici un extrait de ce spectacle :
" [...] Lodè lan mè a ka viré pran mwen Tout tèt dékatjé Tout moun ka alé la i pou alé Tout moun ka alé la i lé alé Nou pa konnèt linité Nou tout tirayé yonn ka dérayé lot lot ka kolé zépôl Pa ni an sèl chimen Ni an lo chimen an lo chimen chyen An lo chimen bèf An lo chimen mouton An lo chimen milé Éti linité ? Nou tout la ka lité I bon konsa, sé konsa i ké rété zot konprann nou kité kal bato a ? mé bato a chanjé koulè lajan an chanjé valè sé té sik zot té lé gadé nou fè sik aprézan yo té ka kriyé sa lèsclavaj aprézan sé lalwa léta ki kapital a fòs fè wol pa wè'y nou sé pé té mandé : Sa ki an pèp? rasin pa ka pousé an syel pèsonn pé pa di sa nou yé pon moun pa lé gadé nou an zyé la kloch légliz za toufé dé fwa mapipi za konté yonn dé twa vyé nèg pasé kouri an ba bwa lé zansèt ka rété an lèspri’w lè yo ka chanté : [...] "
Pour conclure, je dirais que cette année, aura été celle du commencement, comme pour toi Alychouette, d’une nouvelle aventure. Si tu entames une nouvelle trame de ta vie de blog/littéraire adulte, j’essaye de faire de même dans ma vie professionnelle, avec un projet de longue date qui me tient à cœur : Kiltikéra. C’est une nouvelle association qui va (je l’espère) promouvoir le spectacle vivant, en particulier dans la musique, en essayant des nouveaux outils – comme par exemple impliquer le public scolaire, utiliser les nouvelles technologies, provoquer la rencontre entre les professionnels et les spectateurs – afin de transformer le secteur culturel de l’île avec plus de connexion entre les gens. Avec l’objectif que peut-être la Martinique deviendra une terre de la culture : Kiltikéra !
Bonnes fêtes et merveilleuse année 2021, an pil lanmou !